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Compte-rendu du Marathon de Berlin 2018

Dimanche dernier, je m’apprêtais à prendre le départ du marathon le plus rapide du monde, celui de Berlin.
Inscrite depuis fort longtemps, j’ai eu la chance d’avoir la loterie. De surcroît, à Berlin il y a mon amie de toujours ou presque (si, si, ma vie a commencé à 21 ans) Delphine, qui allait m’héberger et me soutenir. Comment résister ?

Je me préparais à ce marathon depuis juillet. Physiquement, ma tendinite de l’insertion de l’ischio-jambier que je traine depuis juin 2017 est quand même en bonne voie de guérison (au bout d’un an il serait temps).

Seuls petits soucis, le fameux TFL du genou gauche qui se réactive dès que je cours plus de 21km et mon bassin, pas hyper mobile. Mais avec une foulée avant-pied depuis février, je pensais en avoir fini de ces problèmes.

Handicap supplémentaire: j’ai eu BEAUCOUP de taf en juin et juillet. Genre le beaucoup de 8h du mat à 1h du matin. Pas “je termine à 19h30 et je considère que je suis sous l’eau” (toute référence à des personnes que vous connaitriez blabla).

C’est donc avec 10 jours de retard que j’entame ma prépa avec un plan “moins de 4h”. Oui je sais, les plans c’est le MAAAL. Mon coach nous dit toujours qu’une saison se prépare dès le 1er septembre et pas sur 10 semaines.

Et il a raison. Mais je n’avais  pas rien fait non plus avant. Entre un half iron man en mai et un swim run en juin, je n’ai jamais vraiment arrêté l’entrainement. Sauf les fractionnés, oubliés depuis 2017.

De juillet à septembre, je vais donc tout faire pour maintenir un entrainement régulier (4 fois par semaine), progressif et constant. Bien sûr, j’ai des petits coups de mou: entre l’angine en août, la difficulté de courir dans mon lieu de villégiature où il fait 30 degrés dès 7h du matin, je ne peux pas en faire autant que je voudrais.

Mais grosso modo, je suis prête. Je n’ai fait que deux sorties de plus de 20km et un triathlon (ça remplace non ?) mais sinon j’ai même fait du fractionné, et pas mal de renfo, dont des chaises (et 2mn de chaise, c’est looooong).

Le jour J c’est confiante que j’attaque ce marathon sous un soleil radieux. 23 degrés au compteur, on ne peut pas faire mieux. Ce marathon sera normalement le premier que je courrai en foulée avant-pieds, 6 mois après ma transition.

Les premiers 10km passent tout seul. Seul bemol: ma flasque de grenadine Salomon est percée (je l’ai utilisée genre 3 fois, merci Salomon) et je suis trempée et poisseuse sur tout le côté gauche.

marathon de berlin

quand je balance ma flasque pour m’en débarasser au 9ème kilomètre dans un geste gracieux

Je maintiens une allure constante de 5.20mn/km. Mon raisonnement ? si je veux faire le marathon en 3h59, je dois être à 5.40mn tout du long. Or tout le monde sait que, après 30 bornes, tu fatigues et l’allure chute. Donc en courant un peu plus vite sur les 25 premier kilomètres je pourrai aller à 6mn/km ou pire sur la fin sans compromettre mon chrono.

Ca c’est ce que je pensais.

Le semi se passe bien, 1H52,  c’est plus lent qu’à New York mais c’est normal. ALL IS UNDER CONTROL

Et puis 21ème kilomètre, je commence à ressentir une gêne au genou. 23ème, la gêne se transforme en douleur. Je m’arrête immédiatement pour mettre ma genouillère, ne pas faire comme à New York et la sortir trop tard. Mais c’est trop tard quand même. Au 25ème kilomètre la douleur est très intense, je ne peux plus plier le genou.

Je sais que mon marathon de rêve m’a échappé.

marathon de berlin

quand ton allure baisse subitement au 23ème…

Premières larmes de rage.

Je pensais que la foulée avant-pied avait guéri ce TFL persistant et il n’en est pourtant rien. En m’arrêtant pour mettre ma genouillère, j’ai senti par ailleurs combien mes mollets étaient sollicités et pas loin de la crampe. Le pourtour de mes pieds également. J’ai super mal dû à une foulée que je n’avais jamais tenue sur plus de 22km.

J’essaie de me remettre en piste. Je fais un arrêt pipi, prends banane et Gatorade au ravito suivant. Je sors mes écouteurs, mais rien n’y fait.

Je me demande même si j’arriverai à le finir. Il reste 17 kilomètres et je ne peux plus poser le pied. J’essaie d’attaquer par le talon mais je n’y arrive plus, je ne sais plus faire.

En désespoir de cause, je marche et j’appelle mon mari à Paris en lui disant que je vais abandonner. Bien sûr il comprend un mot sur 10 au milieu des sanglots. Les émotions se bousculent, je suis dégoutée, déçue au plus haut point, je m’en veux de ne pas y arriver, j’en veux au monde entier.
Quelques personnes tentent de me réconforter, en vain. Je suis au bout du scotch, physiquement mais surtout moralement.

L’Homme arrive à me faire continuer, il me donne l’idée de demander un antidouleur au personnel de secours. Je ne crois pas une seconde qu’ils m’en donneront. Il me dit que je serai encore plus déçue si je ne le finis pas, et il a raison.

J’appelle Delphine qui me dit de l’attendre au kilomètre 30. Ca me parait tellement loin le kilomètre 30, comment vais-je y arriver ?

Je tente plusieurs fois de courir mais je n’y arrive même pas 30 secondes. Je voudrais au moins alterner course et marche mais rien que la marche m’est douloureuse.

Au km 30, j’attends Delphine à côté d’un “first aid point”. Je tente de demander à la Croix Rouge locale un painkiller. Après avoir pris ma tension, m’avoir fait remplir un formulaire et m’avoir posé 100 questions, j’ai le droit à un Ibuprofène. Yallah.

Je repars avec Delphine, moi en marchant, elle à vélo à côté. Mes larmes ont séché et je suis maintenant dans l’optique de le finir en mode balade au soleil.

Quelques hectomètres après, nos routes doivent se séparer parce que le vélo ne peut plus rester sur la voie des coureurs. Je suis seule, je tente de trottiner. Ca fait 20 mn que j’ai pris le médicament et il fait effet sur mon genou.

J’ai toujours ultra mal partout mais j’arrive à courir très lentement. Je ne m’arrêterai plus. Mon rythme reprend, de 7.43mn/km pour augmenter jusqu’ à 5.55mn/km sur le dernier kilomètre. Delphine me suis à vélo presque jusqu’au bout.

Je visais 3h59 (ou en tous cas moins de 4h 10), j’aurais fait 4h27.

Mon pire score sur marathon ever. Mais je l’ai fini.
La déception est grande mais heureusement, Delphine est là et la joie de voir mon amie après course l’emporte.

marathon de berlin

A J+7, voilà les leçons que j’en tire.

-clairement, courir un marathon après seulement 6 mois de transition était une mauvaise idée. Ca je le savais. Je pensais pouvoir rebasculer sur une foulée talon mais je ne peux plus. C’est bien en un sens (je cours mieux) mais il va falloir que je réapprenne les longues distances sur ce type de foulée, que je muscle mon corps et surtout mes pieds (les mollets ont finalement bien encaissé les 42km).

-plus de marathon à la rentrée. C’est trop dur de s’entrainer l’été sachant que j’aime partir au soleil.

-le prochain, je pars à allure cible et j’essaie de la tenir 42km. Je ne pars pas plus vite pour gagner des secondes.

-je suis ultra contente, d’habitude mes cuisses souffrent beaucoup et c’est quasi le maillon faible, là, quasi pas mal aux quads, ni le jour J ni le lendemain grâce au renfo.

Prochain objectif: le half Iron Man des Sables d’Olonne. J’ai décidé de ne pas courir le marathon de Paris cette année. Je veux attendre de m’être bien remise avant. Je vais me préparer solidement pour le half cet hiver et pour le marathon, ce sera fin 2019 ou 2020.

Mais je reviendrai volontiers prendre ma revanche à Berlin.

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1 comment

  • Reply
    Lilou
    23 septembre 2018 at 11 h 10 min

    Tout d’abord, un grand bravo pour ton marathon. Et franchement, tu n’as pas à rougir de ton chrono. La conclusion : c’est dur un marathon. J’ai couru Paris cette année : je n’avais jamais été aussi bien entraînée (me semble-t-il) ni aussi « fit ». Je visais 3h45 et ben non. Et j’ai fait moins bien que les 2 précédents. J’étais vraiment déçue sur le coup et finalement je me suis dit que c’était chouette : je l’avais fait, je l’avais partagé avec des amis et de la famille et puis zut, pas tout le monde fait un marathon (surtout à nos âges et avec la édition perso/pro qu’on peut avoir). Donc be proud, you did it… avant ton cr, j’étais justement en train de me tâter pour Berlin. J’y ai aussi des amis. L’argument après l’été est pour moi assez positif (je suis généralement en meilleure forme et j’ai la capacité de courir par grosse chaleur). L’ambiance est bien ? L’orga ?

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