LIFESTYLE TRAINING

De la pugnacité (philosophie 1.0)

Tout est parti d’un commentaire (bienveillant) d’une lectrice qui disait en substance

« bon, on va pas se mentir, tu seras jamais aux JO avec tes 39 ans et 14 mois et ton mètre 53, alors à quoi bon t’acharner, grossir le trou de la sécu et celui de ton compte en banque pour un marathon que, de toutes façons, tu finiras au mieux en 4h ? »

Sauf que bon, elle le disait de façon plus sympa.

Et elle a raison.

Oui, c’est sûr, des marathons il y en aura d’autres (enfin, sans doute pas New York, mais celui là ou un autre), je ne vais pas briller dans les medias: « LA nana qui a vaincu sa tendinite pour finir le marathon en 5h30 » , je risque d’en chier beaucoup au mieux, de me faire mal en compensant ailleurs au pire.

Oui c’est sûr, le kiné deux fois par semaine ça coûte cher, à la sécu sans doute aussi. Idem pour l’ostéo et le podologue (là, c’est ma mutuelle qui prend un peu en charge).

Oui, je « perds » du temps à consulter le soir ou tôt le matin, à suivre un plan à la lettre au lieu de me reposer chez moi en attendant sagement de guérir.

Et ce n’est pas que moi, pas que ce marathon.
Finalement nous sommes nombreux à en faire des caisses pour des résultats pas si glorieux dans l’absolu. Beaucoup d’argent investi dans du matos ou des dossards, beaucoup de temps passé à l’entraînement ou à en parler. Certains écrivent même des blogs sur le sujet (#getalife), go figure…

Oui mais vois-tu, je sais pas toi, et tu vas peut être trouver ça triste, mais le souvenir d’émotion positive le plus intense de ces deux dernières années a été mon passage de la ligne de mon premier triathlon (où j’ai pleuré pendant 5 bonnes minutes). Immédiatement suivi par mon premier half.

Et souvent, je ne me sens pas aussi vivante que lorsque, pour la première fois, je sors de ma zone de confort et que je tente et réussis (ou pas d’ailleurs) une micro performance sportive: 100km à vélo, 5km de nage, rouler en peloton.

Parce que bon, on n’accouche pas d’enfants tous les jours non plus, pas tous les jours non plus qu’on trouve un mec/une nana/ se marie/ change de job et claque sa dém etc (à remplacer par chaque grand moment de joie de ta vie). Tout le monde n’a pas non plus choisi une vie remplie de voyages et d’expériences uniques et quotidiennes.

Alors, sans fard, la mienne c’est plutôt, préparation d’enfants, transports, boulot, maison, câlin d’enfants, soirée en famille ou avec des amis et dodo.
Comme quoi ? 75% des français non ?

Et non, je ne me drogue pas et je ne fréquente pas des lieux de perdition extrême avec frissons garantis.

Donc vas-y pour sortir de ta zone de confort dans ces conditions (à part, « je teste la pizza à l’ananas à la cantine aujourd’hui« )

Et donc ok ok, je peux choisir de profiter de tous les micro-plaisirs que cette vie ne manque pas de m’apporter (joie de voir grandir ses enfants, de passer du temps en famille ou en couple, de cuisiner, de rigoler avec ses collègues) mais c’est encore le sport qui me donne ce petit surplus de vie tous les jours.

Parce que je réussis un asana de yoga que je ne faisais pas avant, parce que j’ai fini une séance particulièrement dure, parce que j’ai couru sous une pluie battante, parce que je me suis inscrite à une course folle que je compte bien finir.

Alors oui, pour moi, ça vaut tout ça. Ca vaut de courir blessée pour aller faire ce satané marathon et en revenir avec des souvenirs de dingues. Ca vaut de grossir le trou de la sécu (qui soit dit en passant se grossit plus à cause des pathologies dûes à l’inactivité). Ca vaut tout.

Et toi, c’est quoi ton surplus de vie ?

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15 Comments

  • Reply
    Maisonneuve
    26 octobre 2017 at 19 h 38 min

    Ça me parle tellement ce que tu dis!!!! Ceux qui courent savent…

  • Reply
    Julien
    26 octobre 2017 at 21 h 57 min

    Je pense qu’il n’y a pas vraiment de règles, quelqu’un me disait que le sport ne rallonge pas l’espérance de vie mais ajoute de la vie à notre vie… Avoir la possibilité d’utiliser une machine aussi complexe que le corps humain et lui permettre avec de l’entrainement d’atteindre des objectifs qui à première vue sont irréalisables reste une chose magnifique.
    J’ai discuté avec pas mal de monde sur le sujet de la place du sport dans la vie de tous les jours. Certain(e)s s’en servent comme un échappatoire par rapport à leur vie (parfois trop) tranquille. D’autre peuvent enfin se sentir exister à travers les objectifs souvent dures qu’ils se fixent.
    Je pense que le sport doit faire partie intégrante d’une vie équilibrée et saine et que les épreuves sont le résultat d’un travail assidue pendant de nombreuses semaines voir des mois.
    Maintenant, l’erreur de pas mal de sportifs, c’est de ne pas faire la différence en terme d’investissement par rapport à la famille et même au travail.
    Il faut malgré l’investissement qui est demandé pour pouvoir courir un marathon par exemple, ne jamais oublier que le plus important reste le cercle familial, la stabilité au travail et les relations sociales.

    Une citation d’un medecin du sport que j’ai croisé moi aussi en étant blessé: Des courses et des dossards, il y en a et il y en aura chaque saisons. En revanche, la famille, les enfants et les amies ont n’en a qu’une.

  • Reply
    Severine
    27 octobre 2017 at 8 h 08 min

    C’est exactement ça! L’extrême kiff de passer la ligne d’arrivée, d’être sortie de ta zone de confort, de t’être entrainée pour, et d’y arriver. Pour ces 30 dernières secondes où tu as la ligne en ligne de mire, …..perso au point du vue émotionnel, c’est comme quand j’ai mis au monde mes enfants (sans peri donc avec aussi l’aspect t’en baces quand même bcp)
    Alors oiu, on fait ça pour nous, pour se fixer des défis et heureusment parce qu’à notre niveau, c’est un peu la seule chose qu’on peut espérer: se dépasser

  • Reply
    Clara
    27 octobre 2017 at 10 h 44 min

    Exactement !!
    Le dépassement de soi est une valeur qui va bien plus loin que le sport. Le pouvoir du mental peut aussi s’appliquer à toutes les étapes importantes de la vie ou on sort de sa zone de confort et ou on peut tester ses propres limites.
    Le plus important pour moi est qu’entre la ligne de départ et la ligne d’arrivée, on est honnête avec soi-même, on ne peut pas tricher.
    Ce marathon de New York est mythique, ta positive attitude sera ton meilleur allié, tu auras vécu quelque chose d’exceptionnel et des souvenirs à vie !

  • Reply
    Sabine
    27 octobre 2017 at 11 h 39 min

    Et si on se donnait le droit de faire des choses extra-ordinaires et d’être extra-ordinaire aussi même si c’est que pour soi. Il n’y a pas que le dépassement de soi, la raison et l’esprit de compétition à prendre en compte dans l’équation. Il y a le moment, l’instant T, l’instant de grâce où tout d’un coup, on vit l’extraordinaire. Moi je ne dis jamais non pour ces instants s’ils me font rêver et s’ils me rendent passionnée. Mais je ne le fais pas non plus pour dire : Youhou tu as vu ce que j’ai fait Moi, Toi petit humain ?! J’assume etre ordinaire aussi et « average ». Mais je vis également pour ces moments extraordinaires même s’ils paraissent fous, idiots, infaisables, ridicules, voire pas extraordinaires pour les autres. Ce sont les miens, à travers mes yeux, ma passion, mes capacités. C’est moi qui le vit et qui en fixe le cadre avec toutes les inconnues qui s’y rattachent. Conclusion : go go go!

  • Reply
    Lilou
    27 octobre 2017 at 14 h 08 min

    Le commentaire était plus sympa que ce que te restitue, hein 😉 Sujet très intéressant et ta vision des choses me parle beaucoup. Et je crois aussi que tu avais du être interviewée pour un papier sur l’express styles, sur un sujet connexe. Il y a le côté supplémente de vie et également la singularité. Oui, c’est assez excitant de se fixer un objectif qui pour beaucoup pourrait paraître ambitieux (triathlon, marathon, trail or whatever) et d’y parvenir. Et également de se dire que tout le monde ne le fait pas ou pas dans le temps que toi tu fais (ce qui est de moins en moins vrai pour le marathon, tellement en regardant les réseaux sociaux, j’ai l’impression que tout le monde en fait. Dans la réalité, dans mon entourage, proche, peu l’ont fait). Après c’est comme tout, je n’ai pas de nature addict et même si je suis sur un nuage après une « performance », je ne cours pas après ce « shoot ». Et je ne suis pas très « ambitieuse » : ça me va d’être average en tout. dans le surplus de vie, il y a un truc qui peut vraiment me donner l’impression d’être très vivante, c’est un bon concert. Si l’énergie de l’artiste est présente, la communion avec la salle et tout et tout, je te promets c’est un kif. C’est pas non plus foufou comme surplus de vie. Et dans ma cantine, gros, gros challenge la pizza à l’ananas

  • Reply
    Delphine
    27 octobre 2017 at 16 h 26 min

    Merci pour ton article; je l’ai lu à deux reprises à quelques heures d’intervalle pour me laisser le temps d’y réfléchir avant de commenter.

    Je suis d’accord avec toi – et la majorité des commentaires – quand tu dis que tu cours et que tu fais du sport pour sortir de ta zone de confort et rechercher cette émotion intense que procure par exemple l’arrivée d’un marathon (j’ai aussi pleuré à l’arrivée de mon premier).

    Je me demande juste s’il n’y a pas d’autres moyens de se dépasser qu’en pratiquand un sport (la course à pied dans mon cas) qui abîme notre corps et nous cause des blessures à répétition, plus ou moins graves (et qui certes fait vivre les kinés, ostéos et autres médecins mais nous occasionne pas mal de dépsenses). La satisfaction de franchir la ligne d’arrivée d’un marathon vaut beaucoup de sacrifices (les entraînements en plein hiver, sous la pluie, avec la frontale, etc.), mais je ne suis pas sûre qu’elle vaille de mettre sa santé en danger. Je me suis pour l’instant toujours remise de mes blessures après quelques semaines de pause et quelques séances de kiné/ostéo, mais je me suis posée beaucoup de questions lorsque mon médecin a évoqué une opération de la cheville l’an dernier. Est-ce vraiment raisonnable d’en arriver là pour pratiquer un sport où, clairement, je ne serai jamais championne olympique? Est-ce que je ne devrais pas reporter mon envie de me dépasser dans un sport moins traumarisant pour les articulations comme la natation ou le vélo?

    Je n’ai pas (encore) de réponse définitive à cette question, parce que j’adore courir et que je ne suis pas prête à y renoncer complètement, en tout cas pour l’instant… En tout cas et comme je l’ai déjà dit, si j’avais la chance d’avoir un dossard pour le marathon de NY, j’y participerais, quitte à ramper les derniers kilomètres (je ne te le souhaite pas).

    PS: Je ne t’en veux pas d’avoir résumé mon commentaire mais je précise quand même qu’il était plus sympa que ton résumé ne le laisse entendre (ou en tout cas, mon intention était d’être plus sympa!) 😉

    • Reply
      elise
      27 octobre 2017 at 19 h 27 min

      Ahah clairement Delphine, j’avais bien compris que ton commentaire était sympa en fait (et merci). C’est pour l’emphase que je me suis permis d’en faire ma libre interprétation. Et me concernant, j’ai beau nager et faire du vélo depuis deux ans, le running reste encore la satisfaction la plus grande….mais c’est sur que la santé à long terme, c’est important aussi.

  • Reply
    blandine
    2 novembre 2017 at 10 h 50 min

    Bon marathon Elise, j’espère que tout se passera bien côté blessure et que vous passerez un bon moment en famille!!

  • Reply
    Compte-rendu: Le Marathon de New York 2017 – Thank God I run
    6 novembre 2017 at 23 h 00 min

    […] reste vous le connaissez, je te refais pas le topo des blessures à répétition et de la persévérance un peu dingue malgré […]

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