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Compte-rendu: Le Marathon de New York 2017

C’était la deuxième année que je tentais la loterie du marathon de New York. Pas parce que j’en avais une envie irrépressible mais plus « pour voir » si ça marcherait. Et ça a marché cette fois-ci. En mars dernier j’apprenais que je courrai le marathon de New York 8 mois plus tard, non sans joie.

Le reste vous le connaissez, je te refais pas le topo des blessures à répétition et de la persévérance un peu dingue malgré tout.

Hier matin, nous y étions.

New York. East Village. Dans un airbnb, le réveil sonne à 4h15 du matin.

Flocons d’avoine et sporténine avalés,  je me prépare minutieusement et zou, dans le métro. Ligne F, direction la Public Library où nous attendent des bus pour nous amener sur Staten Island.

La file d’attente des coureurs est impressionnante. Nous sommes des dizaines de milliers et pourtant, tout est fluide. Nous marchons quelques minutes et j’entre directement dans un bus qu’on me désigne. Une organisation de dingue, à l’américaine. Rien n’est laissé au hasard.

7h20. Voilà Staten Island. Départ pour la course dans 3 heures. Le temps qui me semblait clément à Manhattan n’apparaît plus aussi sympa. On m’avait prévenue: attendre 3h dehors à rien faire, c’est un coup à avoir froid. Très froid. Du coup, en plus de mon short et de mon t-shirt de course, j’ai mis un bas de jogging, un t-shirt technique de ski, deux polaires, une veste coupe vent et mon poncho du Semi de Paris, en plus de gants/bonnets et buff en polaire.

Rien que ça. Ben j’ai quand même pas ultra chaud. On est en plein vent dans un village terrain vague moyen sympa.

new york city marathon

L’ensemble de cet équipement « grand froid » partira à la benne pour l’Armée du Salut avant la course, c’est le jeu. Du coup, les 50 000 coureurs ont sorti leurs plus beaux atours: certains sont en pyjama Minions, d’autre dans leur pull d’apparat à paillettes du Nouvel An 1995, le spectacle est intense. Et tous se caillent.

Mais finalement, l’attente passe plutôt vite entre du papotage avec des français (on a tous un drapeau sur la figure, facile pour se retrouver), un chocolat chaud parmi les plus infects de ma vie et la lecture du magazine du marathon.

On entre dans le sas (le « corral » comme ils disent, et là, l’image fatale de vaches parquées ne peut t’empêcher de te monter au cerveau). Dernier petit tour pipi, je reste à proximité de la benne pour y mettre ce qu’il me reste (une polaire, un bonnet) au tout dernier moment.

Et c’est la montée sur le pont Verrazano-Narrows et le départ un brin intimidant, entre « God Bless America » a cappella et « New York New York ». Faut avouer que ça en jette. La version américaine de notre Vangelis sur l’UTMB (mais tout aussi kitsch).

Le pont monte pas mal certes, il est surtout loooong. Tout le monde est dans sa bulle, personne ne se parle, on se concentre tous en courant en silence. Les 5 premiers kilomètres sont longs car il n’y a personne pour nous soutenir sur le pont et peu quand on rentre dans Brooklyn.

Et puis petit à petit c’est le marathon de New York qui se découvre sous tes yeux. Ca y est, c’est parti, je suis la fille spirituelle de Justin Bieber et de Rihanna pendant 3 heures. Les 2,2 milions de spectateurs t’acclament littéralement (nous les parisiens pouvons en prendre de la graine vu que les gens postés le long du marathon de Paris sont très peu à réellement encourager). C’est bien simple, tu ne penses plus à ta course tellement tu es ébahi par les visages qui défilent et te hurlent que tu es so amazing and fabulous.

Hypnotisant.

J’ai donc passé les 15km suivants dans un coma artificiel, scotchée sur un côté de la route à taper dans la main de mômes (qui n’avaient sans doute pas manqué de se moucher dedans avant) et à lire les pancartes en m’étouffant de rire.

On en parle des pancartes ? J’ai essayé de vous en  mémoriser quelques-unes tellement je les ai aimées. Beaucoup font appel à des jeux de mots en anglais, sont connotées de références culturelles américaines ou politiques.

Petit digest (en français, mais c’est plus drôle en anglais):

« Et tu pensais aller taffer demain ? »

« Cours comme si tu étais seule dans une pièce avec Weinstein »

« Rappelle toi que tu as payé pour ça »

« Et dire que c’est ce que tu dois faire pour te taper une belle nana »

« Il y a 6 mois ça te semblait pourtant une bonne idée ce marathon »

« Tu ferais mieux de te taper un marathonien plutôt que des marathons »
et ma préférée de toutes:

« la douleur est temporaire, mais tes résultats seront postés sur le Net A JAMAIS « 

Bref, du coup, emportée par la foule, je me suis un peu lâchée sur « l’allure marathon »

Je passe le 10K en 52mn (dire qu’il y a pas si longtemps, en 2014, c’était mon record sur 10km…) et le semi en 1h51 . Je décide donc de tout donner dès le début, de toute façons, une blessure va fatalement se mettre sur ma route avant que mon cardio/manque d’entraînement me lâche. Bon et puis j’ai pas vraiment le choix à ce point là vu que j’ai total foiré mon économie de course donc advienne que pourra.

Et pourra est advenu au 21ème kilomètre.

Juste après le semi donc. Et s’est matérialisé en retour de mon TFL préféré à gauche. Celui qui revient depuis 3 ans régulièrement sur longues distances. MAIS comme je suis une fille organisée, j’ai prévu ma genouillère (raison pour laquelle je cours d’ailleurs lestée de deux magnifiques bananes, une devant, une derrière, le ridicule n’ayant jamais tué personne).

Sauf que je sais que ma famille m’attend au 25ème km et que je ne sais pas pourquoi, je décide d’attendre ce moment là pour m’arrêter et la mettre. Et pendant 4km, mon petit bordel du genou se dégrade tranquilou. Je ne peux plus attendre et la met au 25ème après une première pause pipi (oui, ya des toilettes tous les 3 mètres, c’est tentant). Mais c’est trop tard. Le genou a bien morflé, la douleur se propage au mollet et à la cuisse.

Quand je vois mes enfants pour la première fois, il me reste 17 km et je sais que je vais prendre cher.

Heureusement, le spectacle est toujours là, y a quand même qu’à NYC que tu vois des gens faire le marathon en courant A L’ENVERS par exemple (si si…) ou d’autres qui affichent que c’est leur 31ème …ou des nanas très enceintes (pas vu mais l’Homme m’a raconté ça).

Malheureusement, cette partie du parcours est aussi la moins animée avec la traversée du Queens, puis du Bronx et de Harlem avec moins d’ambiance. Du coup, je prends mes écouteurs pour la première fois et me raccroche à Beyoncé et à ma Sporténine. Pourtant, pas de crampes mais en gros, j’ai ultra mal au genou gauche et, je ne te cacherai pas lecteur que le manque d’entraînement sur du bien long vient aussi titiller mes quadriceps qui ne se plient plus qu’à grand peine (pratique de courir sans quadri).

J’ai lu sur un blog que l’ambiance se déchaine une fois arrivé à Central Park mais purée, pas de Central Park en vue. L’est où ce foutu parc ?

Je cours maintenant à une allure de plus de 7 mn au kilomètre, j’ai l’impression d’être passée à une autre discipline et de faire de la marche rapide. Ah il est loin mon 4ème km à 4.19mn/km (#wtf). Mais j’avance. Coûte que coûte. Je n’ai pas pensé une seule fois à abandonner. Un peu beaucoup à marcher quand même. C’est quoi déjà la méthode Cyrano ?

Je trouve un compromis. Je m’arrête aux ravitos le temps de boire une gorgée de Gatorade et une d’eau. Ca me fait marcher environ 20 secondes mais comme il y a des ravitos tous les 1,6km c’est bon pour le moral.

Le parc en vue. Et là, le drame. ce foutu parc (bis) que j’ai arpenté des dizaines de fois en courant quand je viens bosser ici, ben quelqu’un a dû le changer entre temps.
C’est devenu une suite interrompue de montagnes. Sans pente entre chaque. Juste un peu plus plat dirons-nous. C’est l’enfer.

Je pleure en courant, mais ça lecteur, t’es habitué, c’est pas la première fois que ça m’arrive. En plus ma montre me compte plus de km et n’est plus synchro avec les affichages. J’ai dû déconner en début de parcours à zigzaguer et je me retrouverai avec 43 bornes au compteur à la fin au lieu de 42. Ca m’apprendra à pas suivre la ligne bleue.

40ème kilomètre, je revois mes enfants et l’Homme avec un copain. TOUS les gens sur le côté qui voient ma tête de pauvre fille me disent à présent : « you got it, hold on » (« tu le tiens ton marathon, lâche rien »)

Je sais que je le tiens mais je vois aussi que je peux faire un temps pas trop horrible. Et donc je ne veux plus marcher, même aux ravitos. Même si ma course est maintenant tellement dégradée qu’on en est à la marche nordique.

Mais je ne peux PAS m’arrêter. De toutes façons, la foule est tellement hystérique que ce n’est PAS possible. Ils me tueraient tous si je faisais ça (enfin du moins, c’est ce que je crois à ce moment là).

Mais GOD les montées, sont fous les mecs de mettre un finish en montée. A côté le finish du Paris-Versailles c’est du pipi de chat.

L’arche en vue, je prends ma plus belle tête crispée pour la photo FINISh et ça y est. Mon deuxième full marathon après Paris sera donc New York. Sauf que cette fois-ci, je ne m’écroule pas. Je ne pleure même pas. Je suis juste gavée d’endorphines que ça s’arrête ce machin. Je ne peux plus plier le genou mais c’est un détail. J’arrive encore à marcher 20 blocks pour retrouver ma famille et mes amis.

Et j’ai trop envie de me taper un petit record perso sur celui de Paris.

4h14 avec une prépa commencée mi septembre et sur un marathon pas connu pour être le plus simple, ça veut dire que je dois pouvoir faire 4h05 à Paris.

Et, au fait, je me suis amusée sur toute la ligne, même dans la souffrance, je ne regrette pas un instant l’investissement. Maintenant, coupure sérieuse du running avant la reprise de l’entraînement en janvier.

Et toi, un futur marathon en vue ?

NYCmarathon

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21 Comments

  • Reply
    Amegz
    7 novembre 2017 at 5 h 59 min

    Congrats ‘ !!! Et merci pour ce recap , ca m ‘a foutu les larmes aux yeux !! Bravo , bravo , bravo , quelle inspiration.
    Je cours mon premier semi a Macao le 3 dec , je pense que je penserais beaucoup a vous. J’ai une mauvaise hanche et pas beaucoup de prepa ( cf mauvaise hanche).
    Je vous souhaite une bonne recup , d’ailleurs pensez a nous donner les details de la recup c’est interessant aussi d’avoir l’apres. And yes you got this girl :)

    • Reply
      elise
      7 novembre 2017 at 21 h 27 min

      Merci beaucoup et bon courage pour Macao. Je pense à parler de la récup, promis !

      • Reply
        Amegz
        8 novembre 2017 at 12 h 36 min

        merci :)

  • Reply
    Delphine
    7 novembre 2017 at 8 h 55 min

    Un immense bravo pour ta course et pour ton temps! Tu pourrais viser un sub-4 pour ton prochain, si tu arrives à faire une préparation complète.
    Tu devrais tenter le tirage au sort du marathon de Londres ; il y a un public dingue du premier au dernier kilomètre, des pancartes d’encouragement, des stands de ravitaillement organisés par des privés devant leur maison, des spectateurs qui te tendent des bières et d’autres qui ont des seaux de vaseline au cas où ta tenue de course commence à frotter et te blesser! Ils sont fous ces anglais 😉

    • Reply
      elise
      7 novembre 2017 at 21 h 28 min

      Je vais le faire de ce pas Delphine, pour tout dire, j’avais déjà Londres en tête

  • Reply
    Lilou
    7 novembre 2017 at 9 h 49 min

    Génial! Un énorme bravo à toi : c’est vraiment super ce que tu as fait! Ton post est vraiment bien fait : on s’y croirait. J’imagine l’émotion de dingue que tu as du ressentir et espère bien pouvoir faire de même dans quelques années. Comme Delphine, je pense que moins de 4 heures avec une bonne prépa et une bonne forme physique doit être envisageable, non? Donc Paris, l’année prochaine? Pour ma part, j’y songe sérieusement. remets-toi de tes émotions et surtout physiquement.

  • Reply
    blandine
    7 novembre 2017 at 11 h 47 min

    Bravo Elise, tu dépotes grave 😉

    • Reply
      elise
      7 novembre 2017 at 21 h 28 min

      merci !

  • Reply
    Soleil
    7 novembre 2017 at 14 h 48 min

    BRAVO!!!!!!!!!!!

  • Reply
    Natacha
    7 novembre 2017 at 15 h 04 min

    Ce marathon est i-n-o-u-b-l-i-a-b-l-e !
    Le souci, une fois que tu as fait celui-là, c’est que les autres te paraissent un peu fades… J’en ai fait deux après NY et si j’ai amélioré mon temps, je n’ai jamais retrouvé cette émotion et ce plaisir incroyable de courir au milieu de ce public de dingues.
    Moi mon prochain défi, c’est un 100 km. Je me fais un peu peur en écrivant ça, mais pourtant c’est vrai, je suis inscrite pour le mois d’avril prochain…
    En tout cas bravo encore ! et garde bien précieusement ces souvenirs dans ta tête, ils sont magnifiques.

    • Reply
      elise
      7 novembre 2017 at 21 h 28 min

      100km ? wow. Tu fais Millau ?

      • Reply
        Natacha
        8 novembre 2017 at 7 h 06 min

        Non, Belvès (Périgord noir). La date me convient mieux et le parcours est très joli parait-il.

  • Reply
    Stéphanie
    7 novembre 2017 at 16 h 51 min

    Un immense Bravo!!!
    j’avais la larme à l’oeil ce matin en lisant ton post et dimanche une larme également en regardant la retransmission de l’américaine qui ne croit pas à sa victoire
    Quel courage même avec cette douleur!
    Cela me booste pour mon 1er marathon en Avril à Paris ! j’espère pouvoir le vivre autant que toi
    Merci pour ce récit et les phrases des pancartes sont à mourir de rire !:-)

  • Reply
    Stephanie
    7 novembre 2017 at 17 h 38 min

    Un immense Bravo!!!!
    J ai versée une larme en lisant ton post
    Si touchant!
    Merci pour ce partage
    Cela me booste pour mon premier marathon à PAris avril prochain!

    • Reply
      elise
      7 novembre 2017 at 21 h 29 min

      On sera ensemble alors à la faire. Bon marathon.

  • Reply
    Steph
    7 novembre 2017 at 19 h 53 min

    Les larmes aux yeux, la chair de poule, j’ai adoré ton récit et C’est vraiment l’ambiance ressentie en tant que spectateur…
    Encore bravo, tu es la meilleure ❤️

    Steph

    • Reply
      elise
      7 novembre 2017 at 21 h 29 min

      Oui mais toi, ton homme avait assuré.

  • Reply
    Chickruns
    9 novembre 2017 at 16 h 58 min

    SUPER! BRAVO!!!

    Et merci pour ce superbe récit qui fait des chichemoules!

  • Reply
    anne
    10 novembre 2017 at 15 h 23 min

    bravo elise ! tu es la meilleure ! le Moral c est 50% de la reussite !

  • Reply
    tara verte
    13 novembre 2017 at 21 h 47 min

    je lis ton mail et j’avoue avoir adoré tout le récit, c’est tellement bien raconté, et même avec les « hics » tu tiens le choc.
    alors là , je dis bravo. Bon repos avant la reprise en janvier…

  • Reply
    Princesse Strudel
    14 novembre 2017 at 17 h 09 min

    Bravo!

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